jeudi 18 août 2016

Une partie de campagne, de Guy de Maupassant

Ce court recueil de nouvelles m'a ramenée, comme tous ces livres écrits il y a plus d'un siècle à l'époque révolue où la campagne était encore sauvage, odorante, inquiétante et où on vivait en son coeur et non à côté d'elle. J'ai ouvert une porte sur l'univers des canotiers, sport régional apparemment le long de la Seine et auquel s'adonnait assidûment Maupassant: microcosme de muscles et de poulettes, d'oeillades, de soupirs mais aussi d'alcool, de rires gras et de fêtes. Maupassant décrit tout ce petit monde avec délice et ironie, même si la tragédie n'est jamais loin, en particulier dans La Femme de Paul.

J'ai adoré Sur l'eau, courte nouvelle proche de ce que je connais surtout de Maupassant, entre mysticisme et fantastique, le tout teinté d'effroi. Un homme s'amarre un instant le long de la Seine, mais un épais brouillard blanc se lève et l'ancre refuse de se lever...
J'ai été choquée par Une Histoire Vraie, que le titre rend d'autant plus horrible: une jeune fille est échangée entre deux propriétaires contre un cheval, pour que M de Varnetot, vieux noble déclassé, puisse s'amuser en toute discrétion. Malheureusement la jeune fille non seulement tombe enceinte mais est surtout éperdument amoureuse de l'ingrat, qui bien sûr ne l'épousera pas.

Chaque nouvelle est une peinture de la société du 19ème siècle, une tranche de vie, comme on dit, prise sur le vif et en pleine évolution. Mais dans ce monde, les filles de ferme ont bien moins de chance que les coquettes de la bourgeoisie.

Le style est délicieux, tellement bien écrit qu'on en redemande. J'ai goûté chaque phrase, sa tournure, ce passé simple de plus en plus incongru aujourd'hui.

dimanche 14 août 2016

Yaak Valley, Montana



Ca a le goût d'un roman policier, mais aussi d'un western. Pourtant, Pete Snow n'est ni flic ni cowboy, il est assistant social. Fraîchement séparé de sa femme alcoolique et infidèle, lui-même plutôt porté sur l'alcool, cheveux blonds filasse, vieilles fringues déchirées, un frère recherché par la police, un vieil enfoiré de père et une fille ado qui s'enfuit de chez elle, notre héros a tout lui-même pour être dans les dossiers des services sociaux... est-ce pour cette raison qu'il comprend si bien les paumés, les marginaux, les bras cassés? 
On devine aisément qu'il a long passif des cas sociaux derrière lui, et encore cette famille composée d'une mère droguée qui se bat avec son ado, pas très net sur les bords. Souvent, la petite Katie se cache dans le placard quand les bagarres éclatent, et seul Pete peut l'en déloger. Il fait bientôt la rencontre de Benjamin, un jeune garçon presque sauvage, qui n'a jamais mis les pieds dans une école, ni regardé la télé, lu de livres et qui vit avec son père dans un trou dans la forêt. Il a une mère, des frères et soeurs, mais qui ont disparu. le père, Jeremiah Pearl, est plus ou moins suivi par la police judiciaire pour une affaire de fausses pièces, mais aussi parce qu'il est peut-être complice de crimes plus graves. 
Bientôt, Pete navigue entre le père, fondamentaliste chrétien aux airs dangereux et son fils, et les états de l'ouest à la recherche de sa fille Rachel, qui s'est barrée de chez sa mère. 
Dans ce premier roman au style recherché, deux vies se font écho, celle de Pete et celle de sa fille, interlocutrice d'un enquêteur imaginaire qui lui pose questions sur questions sur sa vie. Smith Henderson reprend tout-à-tour le genre du roman policier et un style plus poétique et original, ce qui en rend la lecture plus riche. On s'attache vite à tous ces personnages brisés par la vie qui vivent dans un Montana pauvre culturellement, celui sous Reagan. On plonge dans l'Amérique des bas-fonds, du presque rien, de la misère morale et sociale. On assiste à la lente descente aux enfers de Rachel, 14 ans, qui fugue de mecs en mecs et finit par se prostituer; à celle de Benjamin, victime de la folie de ses parents. Morceaux de vie dans celle de Pete qui essaie tant bien que mal à recoller les morceaux alors que sa propre vie n'est qu'un tas de miettes. 
C'est un roman aussi prenant que déprimant, dense mais qui ne se lâche pas. Merci à Babelio et à Belfond pour cette lecture.

Il rêva également. Un diamant inversé sur son front. Un arbre. Il était un paysage. Il était couvert d'arbres. Il était le Yaak. Il était Glacier Park. Il était toutes les vallées majestueuses du Montana occidental, traversé par les ombres des nuages. Les tempêtes se brisaient contre son nez. Il n'était que très peu peuplé. Il était une ville. Il regorgeait de voies rapides et de lumières. Il rêva qu'il avait une soeur, une soeur très belle, et dans son rêve il se fit lui-même la réflexion que cette fille était Rachel et qu'il rêvait d'un autre esprit contenu à l'intérieur du sien, un frère que Rachel n'avait jamais eu, un fils. Dans son rêve, il se disait que nous contenions tous un nombre incalculable de masses et que les gens n'étaient que de simples potentialités, des exemples, des cas.

samedi 2 juillet 2016

Bienvenue à Calais, de Marie-France Colombani et Damien Roudeau



Ce que la télé ne montre pas, ce petit livre le décrit: les bâtiments qui constituent la jungle et qui se retrouvent vite envahie par l'arrivée massive de nouveaux immigrés; les toilettes qu'on préfère éviter, les heures de queue pour une simple douche, les enfants livrés à eux-même, la prostitution, ces mères qui partent le matin avec des enfants terrorisés par la police et les bombes lacrymo et reviennent le soir, abattues, car une fois encore elles n'ont pu franchir la frontière. Cette femme autrefois énergique et joyeuse, aujourd'hui suicidaire, qui a dû laisser son bébé dans son pays, cet enfant arrivé à Calais après avoir perdu ses parents, ces étudiants torturés dans leur pays, ces ados qui vendent leur corps... les éclats de vie, brefs, ne donnent encore qu'un aperçu de ce que subissent des milliers d'êtres dans notre propre pays.


Heureusement, maigre consolation, il y a tous ces bénévoles qui viennent à leur aide, ces couples ou familles qui hébergent temporairement des enfants seuls, des réfugiés qui ne tiennent plus; il y a tout l'organisation du camp, l'accueil des femmes, celui des enfants, ces hommes qui se réorganisent, vendent leur propre pain, leur service de barbier dans des échoppes improvisées, bien souvent malheureusement pour rembourser leurs dettes aux passeurs qui les a fait venir jusqu'ici.
Puis, à la fin du livre, quelques sites d'associations pour essayer de vaincre ce sentiment d'impuissance face à une situation terrifiante.
Et puis, cette phrase qui commence le récit:
"Ne laissons pas s'inscrire aux frontières de la France la devise qui orne l'entrée de l'Enfer de Dante: "Toi qui entres ici abandonne toute espérance.""

Voici l'adresse de l'association l'Auberge des Migrants: http://www.laubergedesmigrants.fr/


dimanche 19 juin 2016

Dolorès, de Bruno Loth


Bien qu'elle parle de la guerre civile espagnole, cette bande dessinée est en plein coeur de l'actualité. Des villes françaises du Sud garde vivante la trace de ces milliers de réfugiés républicains ayant risqué leur vie pour passer la frontière et parfois continuer le combat contre le franquisme de ce côté-ci des Pyrénées. Mais ces réfugiés espagnols, aujourd'hui, ont l'âge de Marie, ou plutôt Dolorès, personnage central de ce livre.
 



Cette femme âgée perd peu à peu la tête, fait des cauchemars dans lesquels elle a peur de se noyer en mer, et se met à parler espagnol, elle qui, aux dires de ses filles n'a jamais mis les pieds en Espagne et n'a jamais appris la langue.
Pourtant, en enquêtant, Nathalie commence à comprendre ce qu'a pu être la vie de sa mère avant qu'elle ne se retrouve dans un orphelinat, non loin de Montpellier. Quant à nous, lecteurs, nous découvrons l'exil tragique de Dolorès enfant et de ses parents, tout en suivant sa fille Nathalie dans sa découverte d'un siècle espagnol tourmenté. Elle cô
toie, à Madrid puis Alicante, le mouvement Podemos et ceux qui partagent leur mémoire de l'époque du Franquisme, les frontières européennes fermées, la mer comme seule issue.
Passant par les souvenirs d'une vieille dame sénile, cette bande dessinée est très émouvante mais aussi un rappel de ce qui se passe actuellement à nos frontières. Le livre aurait mérité d'être plus dense tant il est dans la volonté de dire ce qui s'est passé il y a moins de cent ans, près d'ici. La fin me semble un peu bâclée, un peu trop rapide, mais j'ai bien envie d'aller jeter un coup d'oeil sur Ermo, une première publication de Bruno Loth sur la guerre d'Espagne.
Merci infiniment à Babelio et surtout à la Boîte à Bulles qui m'a envoyé ce livre en y joignant un petit mot et des information supplémentaires sur cette bande dessinée. 

samedi 18 juin 2016

Planète Banksy


 Planète Banksy, parce que tout autour du monde, Banksy et ses condisciples délivrent des messages sur les murs des villes.: Londres, New York, Marseille, Athènes, Bande de Gaza, Moscou, Miami, Dublin, Bagdad, Sao Paulo, le Caire... Banksy a libéré le pochoir et apporté de la poésie à l'urbain. 

Camo

A chaque coin de rue, on peut tomber maintenant sur des petites filles tenant un ballon ou une Joconde très sexy, des policiers ridiculisés, une armée de nains ou beaucoup plus frontal, des slogans et messages protestataires. 
Banksy, Camo, Adw, Icy and Sot pour n'en citer que quelques-uns vandalisent ainsi nos murs la nuit et réveillent heureusement nos consciences endormies par ces effets de surprise, prêts à disparaître le lendemain. Sans doute la plupart des oeuvres montrées dans ce livre n'existent déjà plus! 
C'est un très beau livre sur le Street Art, où les graff sont classés par catégorie et complétés des propos de leur auteur, et ça donne envie d'aller fouiller un peu mieux les recoins de la ville.

Banksy
Icy and Sot