dimanche 29 mars 2015

Un été sans les Hommes, de Siri Hustvedt

Comment mieux évoquer cette atmosphère que le titre ne le fait déjà?
Dans le Minnesota, Mia, une femme mûre, comme on dit, et fraîchement trompée par son mari -rien de nouveau sous le soleil, comme thème- se réfugie dans un univers exclusivement féminin. Entourée de sa mère et des amies de sa mère, elle organise également des ateliers d'écriture, le temps d'un été, pour de jeunes adolescentes. Tanguant d'une génération à l'autre, cette femme qui se remet doucement de sa souffrance - qui l'a poussée pendant quelques jours dans la folie - observe, analyse ces relations féminines qui se font et se défont, les regards, les attitudes, les secrets de chacune, se détache de ses sentiments pour s'ouvrir à ceux des autres.



 La plume de Siri Hustvedt est toujours celle d'une calme mais exigeante recherche de ce qui se cache au-delà de ce qui est apparent, à laquelle se mêle une sensibilité délicate et comme prête à céder à un éclatement finalement toujours maîtrisé.
Même ici, si l'on sait que Mia a eu un passage dans la folie, on éprouve pour elle une confiance en ses capacités de rémission due sans aucun doute à la force que l'on devine derrière ses tâtonnements.
Au-delà des intrigues, j'ai trouvé agréable de me retrouver le temps d'un livre dans ce monde féminin sur trois générations, encore plus dans cette partie rurale et un peu en vase clos des Etats-Unis, telle que Siri Hustvedt la décrit en tout cas, loinde New York. En fait, j'ai trouvé ce roman réconfortant.

samedi 28 mars 2015

Le livre du thé, de Kakuzo Okakura

Pas de doute, j'aime le thé, je ne pourrais pas imaginer un petit-déjeuner sans thé, une journée sans thé.

  Le thé n'a ni l'arrogance du vin ni l'affectation du café - et encore moins l'innocence minaudière du cacao.

J'aime le thé depuis toujours, à vrai dire, mais jamais je ne m'étais interrogée sur tout ce que cette boisson impliquait comme art de vivre et philosophie!
Dans ce livre, le thé reprend toutes ces lettres de noblesse. Cérémonial, démocratique, spirituel, revigorant, apaisant, purifiant et j'en passe, cette "écume du jade liquide" a traversé les siècles en Chine et au Japon et établi un vrai art de penser qui se traduit par l'établissement des maisons de thé.
Il nous enseigne l'art de le préparer et de le servir, mais aussi celui de le mettre en contexte, tout étant dans les détails de la décoration. Parce que boire un thé est plus qu'un plaisir, c'est une expérience intérieure.
Okakura, sous prétexte de nous en expliquer les tenants et aboutissants, en profite pour défendre la culture orientale, mise à mal en ce début de vingtième siècle par la présence de l'Occident en son sein. Il s'en dégage des manières de penser et de vivre souvent totalement différents.
Il nous enseigne une autre harmonie, une autre façon d'appréhender le respect, la lenteur, la contemplation.


Ce thé devint une façon de vivre - une voie pratique d'accomplissement spirituel. 


L'essai est accompagné d'une préface ET postface de Sen Sōshitsu, descendant de cinq générations de maîtres de thé, qui nous présente l'auteur - habitué du monde occidental et donc légitime critique des deux mondes - et explique que ce livre a changé sa vision de la vie. 


HiroshigeMariko, famous tea house


Ce livre traînait dans ma bibliothèque depuis des années, accompagnant un pot de thé reçu en cadeau. Je suis heureuse de m'être enfin décidée à le lire. 



J'ai craqué pour...

Un billet en poche, je n'ai pas pu résister à ma dernière sortie en librairie!

J'étais partie pour m'offrir, enfin, les Misérables, de Victor Hugo. Mais je me suis dégonflée... alors j'ai pris:



et comme je ne peux pas résister à Dany Laferrière, j'ai enfin acheté :




Pour mon challenge Poésie, sur Babelio, j'ai choisi un auteur que je ne connais pas encore, féminin:



et enfin, pour mon fils, par Joan Sfar et Emmanuel Guibert (des pointures, quand même!)



mercredi 25 mars 2015

Il est Elle



Si la soleil arborait sa flamboyante chevelure
La Sphère, Odilon Redon
A la fête d'un lune bombant le torse
Si la vent caressait de ses doigts délicats
Les flancs blessés d'un mer tumultueux

Si le nuit s'allongeait doucement
Sur le ventre de la désert aux claires ondulations
Si de la ciel en larmes tombaient silencieusement
Des flocons doux et pâles

Si en courbes s'enroulaient, spaghettis mouvants
Les serpents sournoises autour d'une homme tremblante
Et que les femmes riaient doucement 
En prenant dans leur main ces reptiles lovantes

Que ces métamorphoses changeraient-elles sur notre fragile planète?

Myrthe K.


proposition Féminin et Masculin à l’occasion de la journée de la femme



Little Man, d'Antoine Guilloppé

 Cet album me tapait dans l'oeil depuis un bon moment, et puis, à la médiathèque, le voilà, exposé sur son présentoir, et je me suis jetée dessus pour être certaine de l'avoir!
Il faut dire que la couverture a de quoi séduire, entre le graphisme épuré, la sobriété des couleurs et le fait qu'elle-même soit "découpée au laser" - je viens de l'apprendre. Enfin, j'aime les albums jeunesse grand format.

Si je ne l'ai pas acheté pour les fêtes de Noël, c'est simplement parce que mon aîné a tout juste 7 ans et que je ne suis pas certaine qu'elle soit adaptée à son âge, je ne lui ai pas encore lu.
Chaque page est magnifique, alternant les paysages urbains - New York - et des pages découpées avec la finesse de la dentelle se superposant sur ces paysages.
Cassius, un jeune garçon, traverse ses pages lors d'un rêve; il court dans les rues, ébloui, libre, et pense au pays en guerre qu'il a dû fuir.
Le texte est court, un peu trop à mon goût, et laisse le lecteur se faire sa propre idée des émotions qui traversent Cassius. Je le prends comme une première approche aux thèmes de l'exil et de la liberté.
Un très bel album à feuilleter encore et encore!


mardi 24 mars 2015

Les Rêves se cachent-ils sous ton Oreiller?, de Anne Terral et Amélie Fontaine

 Quel bonheur que de découvrir les nouveautés jeunesse de la médiathèque! Cette semaine, dans ces petits trésors, voici cet album.
En couverture, un oreiller ne peut contenir l'abondance de rêves qui se cachent dessous: jouets, animaux, temps... dessins naïfs, simples illustrant un monde enfantin.
j'aime le titre: onirique, prometteur. Chaque double page pose une question à laquelle l'enfant peut répondre. Certaines, insolites, amusent:

 Le petit banc sur lequel tu prends ton goûter espère-t-il en secret devenir toboggan?

D'autres ouvrent des possibilités:

Suffit-il d'un coup de gomme pour effacer toutes les bêtises de la récré?

J'aime beaucoup les illustrations d'Amélie Fontaine et toute cette imagination sur laquelle s'ouvrent ces questions, je regrette juste qu'elles n'aillent pas plus loin encore, mais le livre illustre bien cette capacité des enfants à rêver, à imaginer ce qu'il y a au-delà de simples images ou mots.
Quand on referme le livre, se rendort-il? 






dimanche 22 mars 2015

De l'un à l'autre : Danser les Ombres / L'Homme qui rit

C'est une expérience née de mes années de fac en Lettres Modernes: quand on lit deux livres en même temps, même s'ils sont d'apparence totalement différents -thème, style, genre, époque... - on trouve régulièrement des points communs, des éléments de comparaison!
Ca m'est arrivée entre un essai féministe de Nancy Huston et un livre pour enfants, par exemple. Ca m'arrive en fait si fréquemment que j'ai décidé d'en faire ma propre petite rubrique sur mon blog§

Cette fois-ci, ce sont deux romans que j'ai enchaîné. Danser les Ombres de Laurent Gaudé, fini hier matin, et L'Homme qui rit du grand Hugo, commencé hier soir.
Ceux qui ont lu l'un ou l'autre se souviendront sans doute de l'atmosphère lugubre, fantomatique de l'un ou l'autre texte, le premier en deuxième partie, le deuxième dans les premières pages.
J'ai quitté Danser les Ombres sur un flot de Morts errant dans les rues de Port-au-Prince après le séisme, des anciens réveillés de terre et venant retrouver leurs proches, d'autres ignorant qu'ils sont morts lors de la catastrophe.

Baron Samedi a lâché ses esprits. Ce sont eux qui griffent les portes en bois. Ce sont eux qui cognent contre les murs comme s'ils voulaient finir ce que Goudou Goudou a commencé. Les fossoyeurs de baron Samedi gémissent, Gédé Fouillé creuseur de trous, Gédé loraj, protecteur des morts violentes... Ils grimacent et tapent du poing parce qu'on leur a volé leurs morts.


Dans L'Homme qui rit, un jeune garçon est abandonné au bord de la Manche dans une lande enneigée. Il y entend tout d'abord le gémissement d'une chaîne, avant de découvrir le cadavre d'un homme pendu à un gibet.

L'enfant était devant cette chose, muet, étonné, les yeux fixes.
Pour un homme c'eût été un gibet, pour l'enfat c'était une apparition.
Où l'homme eût vu le cadavre, l'enfant voyait le fantôme.
Et puis il ne comprenait point.
Les attractions d'abîme sont de toute sorte; il y en avait une au haut de cette colline. L'enfant fit un pas, puis deux. Il monta, tout en ayant envie de descendre, et approcha, tout en ayant envie de reculer.
Il vint tout près, hardi et frémissant, faire une reconnaissance du fantôme. 

Monde des profondeurs, de ténèbres et d'esprits errant, voici dans quoi mon propre esprit flotte actuellement...
Dans ce chapitre de L'Homme qui rit, j'ai appris également que ce sorte de gibet, auquel on pendait des contrebandiers sur les berges longeant la Manche, étaient courants dans le passé et servaient à dissuader les contrebandiers. On goudronnait les corps des cadavres pour les faire durer, évitant ainsi de pendre davantage de coupables à titre d'exemples. 

Pour en savoir plus sur Danser les Ombres, vous pouvez lire mon article à Laurent Gaudé.

Danser les Ombres, de Laurent Gaudé



Lucine, Saul, Matrak, Pabava, Blanche, Viviane, des marionnettes aux mains des forces naturelles, de la mort, celle qui prend le temps de les réunir, une dernière fois, pour les livrer au grand chaos.
Danser les Ombres...  Qui sont ces ombres qu'il faut "danser"? Cet homme - esprit qui, en plein marché, pose son regard sur Lucine? Nine, sa soeur, morte dans une sorte d'extase ou bien Lucine elle-même qui n'a pas vécu sa vie?
Est-ce Saul, bâtard flottant entre deux origines, Firmin en proie aux démons d'un passé sanglant, ou enfin Blanche, condamnée aux chambres aseptisées, pour qui la vie grouillante, parfumée, bavarde, épicée de Port-au-Prince est un monde inatteignable?
A travers ces personnages, nous replongeons dans les années de dictature de Papa Doc et les séances de torture des opposants, mais aussi dans un monde où les esprits errent dans les rues, annonçant la mort.
Puis: l'horreur, le séisme suivi de ses répliques, les bâtiments qui s'effondrent, les rues qui disparaissent en quelques secondes et la terre qui engloutit les vivants, réveille les morts et sépare Lucine de l'homme qu'elle s'est mise à aimer, Saul.
Laurent Gaudé, dans ce roman, emmène le lecteur là où il ne s'y attend pas. C'est un texte fort et littéraire sur la tragédie de 2010, une évocation émouvante, dont les personnages resteront des ombres plongées dans un pays en ruines.
Ce roman, lu dans le cadre des Lecteurs pour le Prix Relay des Voyageurs 2015, est une belle découverte, en partie parce que j'avais des a priori sur l'oeuvre de Laurent Gaudé.


Hommes, ce qui est sous vos pieds vit, se réveille, se tord, souffre peut-être ou s'ébroue. La terre tremble d'un long silence retenu, d'un cri jamais poussé. 


Hommes, trente-cinq secondes, c'est un temps infini et vos yeux s'ouvrent autant que les crevasses qui lézardent vos routes et les murs des maisons. En ce jour, à cet instant, tous les oiseaux de Port-au-Prince s'envolent en même temps, heureux d'avoir des ailes, sentant que rien ne tiendra plus sous leurs pattes, et que, pour les minutes à venir, l'air est plus solide que le sol.


Arindam Banerjee, 123images


A propos du séisme de 2010, il y a également Tout bouge autour de Moi,d'un écrivain que j'aime beaucoup, Dany Laferrière, présent ce jour-là et qui retrace les premiers jours qui ont suivi la catastrophe.

Si je repasse si souvent dans ma tête ces minutes qui précèdent l’explosion c’est parce qu’il est impossible de revivre l’événement lui-même. Il nous habite trop intimement. Aucune distance n’est possible avec une pareille émotion. C’est un moment éternellement présent. On se rappelle l’instant d’avant dans les moindres détails.

A lire aussi: De l'un à l'Autre : Danser les Ombres / L'Homme qui rit

samedi 21 mars 2015

Tu dors Nicole, de Stéphane Lafleur

En voilà un petit film québécois frais - quoique nébuleux - et original!
On rencontre Nicole, insomniaque, dans la chambre légèrement kitsch d'un amant d'une nuit qu'elle quitte nonchalamment au matin.
Cette été-là, Nicole a la maison de ses parents à elle toute seule, et y invite sa vieille copine Véronique à dormir. Les deux filles traînassent, s'ennuient, font un mini-golf, mange des glaces puis, Nicole ayant nouvellement acquis sa propre carte bancaire grâce à son travail dans une friperie, toutes les deux décident sur un coup de tête d'acheter deux billets et un guide pour l'Islande: l'objectif? N'y rien faire, mais ce sera "un beau rien".
Entre temps le frérot débarque avec ses amplis, sa guitare, sa batterie, sa table de mixage et deux musiciens dont l'un d'eux fraîchement débarqué dans le groupe. Les cinq jeunes cohabitent, se dévisagent, boivent des bières autour de la piscine familiale.
Les scènes de répétition, repos, friperie alternent avec d'autres plus oniriques dans lesquelles Nicole erre dans son quartier en pleine nuit et assiste à des scènes étranges, le tout sur fond de musique planante, discordante - un peu à la American Beauty parfois.
Bref, il ne se passe rien d'extraordinaire dans ce petit film, mais les images en noir et blanc sont soignées, tout comme les relations, subtilement mises en scène et une bande-son qui fonctionne bien.
J'ai parfois été amusée de quelques métaphores un peu trop voyantes, des raccourcis faciles - l'ex de Nicole qui lui explique ce qu'est un geyser en quelques phrases alors qu'ils se rencontrent par hasard, le tout préfigurant le bouillonnement intérieur de Nicole et l'explosion annoncée d'ici la fin du film.
Un film sans doute un peu trop léché, trop travaillé, mais riche en atmosphère!
P'tit plus attribué à Catherine Saint-Laurent et Francis La Haye.



jeudi 19 mars 2015

Martha Jane Cannary, les années 1852 - 1869, de Matthieu Blanchin et Christian Perrissin

Qui n'a jamais rêvé à l'évocation du nom de  Calamity Jane? Elle fait partie, au même titre que Billy the Kid, Butch Cassidy, ou encore Bonnie et Clyde de la mythologie américaine, celle du Far West et de la ruée vers l'or, celle des grands espaces sauvages, des chevaux et des carrioles, du banditisme héroïco-tragique et des gamelles de fayots.
Personnellement, la seule évocation de l'Ouest américain m'entraîne, depuis mon enfance, dans des frémissements de liberté. Je suis fascinée par l'épopée de ces pionniers, tout en étant indignée par ce que cette conquête a pu entraîner comme massacres.
Il y a quelques jours, je suis tombée sur cette bande dessinée qui porte en sous-titre "La vie aventureuse de celle que l'on nommait Calamity Jane".
 Il suffit de soupeser l'épaisseur du volume, feuilleter l'album et lire la première page - expliquant à partir de quels matériaux les auteurs se sont inspirés pour écrire cette biographie - pour reconnaître la qualité de cet ouvrage.
La lecture a été un vrai plaisir. On y découvre comment Martha Jane a pris le surnom de Calamity Jane, après de multiples péripéties et notamment la détresse dans laquelle elle s'est trouvée après la mort de ses parents, alors qu'elle n'avait que quinze ans et cinq plus jeunes frères et soeurs dont elle devait prendre soin. Fuyant la misère et un probable mariage mormon polygame, elle part sur les routes avec son cheval Pilgrim. Ainsi commence son histoire. Déguisée en homme, elle affrontera de multiples dangers, sans jamais oublier sa famille qu'elle compte retrouver un jour avec les moyens de s'en occuper.
Les illustrations sont belles, vivantes, Martha Jane est fraîche, obstinée, courageuse et émouvante.
J'ai hâte maintenant de lire la suite.

Sur le web: Difficile de faire la part entre le mythe et la réalité.... Calamity Jane fait partie de ces personnages dont on raffole, bandits qu'on imagine au grand coeur, renforcé ici par la connaissance de son propre livre Lettres à sa Fille. 
Calamity Jane fait maintenant la fierté de l'Amérique. Sur leurs sites, les états qu'elle a traversés se l'accaparent, divers restos portent son nom.
Elle apparaît également brièvement dans un livre d'un auteur que j'aime beaucoup, L'Histoire de Chicago May ( de Nuala O'Faolain), autre célèbre femme hors-la-loi venue d'Irlande.

mardi 17 mars 2015

La Part Manquante, de Christian Bobin


En refermant ce livre, j'ai comme une sensation désagréable de m'être fait avoir...  

Une sensation qui m'arrive parfois, un peu toujours de la même manière.
J'ai toujours eu, en entendant parler de Christian Bobin, un a priori. Peut-être d'en avoir trop entendu parler à une certaine époque - et en général ça m'ôte le goût de la découverte-ou des critiques qui ne me plaisaient pas... Quoiqu'il en soit, aujourd'hui, désoeuvrée une demi-heure entre deux classes, je suis tombée sur ce livre dans notre petite bibliothèque. Les premières lignes, puis pages, m'ont tout de suite plu. La surprise du style, le sujet - l'enfance, la relation mère-enfant. Je lis ainsi avidement les quatre premières nouvelles avant de retourner en cours.
Ce soir, pressée de reprendre ma lecture, je déchante presque aussitôt: rien, aucune sensation, aucune émotion, et même un léger agacement quant au style - phrases très courtes, point. Monotonie -  et au propos. 
Puis je réfléchis aux premières nouvelles lues, et je me souviens avoir d'abord étouffé un léger désaccord quant à l'évocation de ce qu'est une mère: elle se sacrifie, son couple n'existe plus, l'enfant est l'objet de toutes ses attentions. Bien sûr qu'il y a du vrai, mais pourquoi toujours nous renvoyer cette image si stéréotypée, si rétrograde, alors qu'une mère, c'est aussi une personne - je dis bien une personne et non une femme - indépendante, égoïste parfois, amoureuse, travailleuse, ou paresseuse, bordélique, et j'en passe.
Bref, pour moi cette découverte m'a fait l'effet d'un soufflé: celui qui se dégonfle dès la deuxième bouchée.



Fra Angelico (Vierge d’humilité, 1387-1455)

dimanche 15 mars 2015

Le Voyant, de Jérôme Garcin


Il y a quelques semaines, je me suis proposée pour faire partie des lecteurs et lectrices des quatre romans sélectionnés pour le Prix Relay des Voyageurs Lecteurs et coup de bol, j'ai été choisie avec 19 autres lecteurs de Babelio!
Voici donc ma première lecture, et j'avoue, je ne suis pas entièrement conquise.
Si ça vous intéresse, voici le lien vers le prix Relay: http://prixrelay.com/category/actualites/


Dans Le Voyant, Jérôme Garcin sort de l'ombre Jacques Lusseyran dont il n'aura de cesse de vanter le destin hors du commun.
Aveugle à huit ans suite à un stupide accident, résistant à vingt, déporté dans les camps de Buchenwald en 1944, rescapé, puis universitaire aux Etats-Unis puisqu'en France les non-voyants ne peuvent enseigner à cette époque, cet enchaînement de circonstances est en effet remarquable, mais ce qui rend le récit encore plus intéressant, plus profond, c'est ce que la cécité lui apportera.
Une semaine après l'accident, l'enfant constatera avec surprise et soulagement que loin d'être plongé dans le noir, il se retrouve entouré de lumière et de couleurs: dorénavant chaque lettre sera rouge, verte, bleue, plus tard, ce sera ce regard dorénavant tourné vers l'intérieur qui sera sa force, son courage et sa clairvoyance.
La matière de ce livre est ample et pourrait être passionnante si Jérôme Garcin n'avait pas exprimé la nécessité d'insister lourdement sur la vie et le caractère exceptionnel de cet être hors du commun, injustement traité ensuite et retombé dans l'anonymat dès sa mort.
Lui qui critique gentiment le style ampoulé, emphatique de son héros ne semble pas se rendre compte qu'il en est de même pour son écriture, qui m'a régulièrement gênée parce qu'elle m'a semblé si peu naturelle et fluide.
Si après cette lecture je suis impressionnée par la vie de Lusseyran, je ne me suis pas attachée à lui, je n'ai pas été particulièrement émue non plus, même si le chapitre sur Buchenwald apporte quelques nouvelles pierres à l'édifice.
Malgré ces quelques reproches, je sais déjà que je n'oublierai pas ce récit facilement, et c'est déjà un bon point.

J'étais aveugle pour les autres. Moi, je l'ignorais, et je l'ai toujours ignoré, sinon par concession envers eux.
Plus tard, il dira : " Je ne voyais plus avec les yeux de mon corps, je voyais avec les yeux de mon âme."


Jacques Lusseyran a écrit notamment Et la Lumière fut, récit autobiographique, qu'il réécrira des années plus tard en anglais (une version différente donc de la première) sous le titre And there was Light.

Lu dans le cadre du Prix Relay des Voyageurs Lecteurs 2015,

Dans cette vidéo, Jérôme Garcin résume le livre. Il y dit notamment qu'il s'agit d'un exercice "d'admiration".


samedi 14 mars 2015

Imagine, de Aaron Becker

J'ai eu un véritable coup de coeur pour cet album lorsque je l'ai vu exposé au rayon jeunesse. Je n'ai pas résisté!
Prix du meilleur album illustré du New York Times Book Review, ce livre est une pure merveille. "Un voyage sans parole qui célèbre le pouvoir de l'imaginaire", dit la quatrième de couverture. Effectivement, ce livre se regarde, et se regarde sans aucun doute des années durant. Une petite fille qui s'ennuie dessine une porte avec son crayon rouge et pénètre, grâce à lui, dans un univers imaginaire. Ces décors sont fabuleux: un mélange de Jules Verne, du Voyage de Chihiro, de Little Nemo et puis tout simplement une beauté toute personnelle.
Tout au long de son aventure dans cet univers, la petite fille utilise son crayon rouge en cas de danger ou pour délivrer ce bel oiseau lyre mauve enfermé dans une cage et gardé par des soldats. Mais on lui arrache ce crayon et on l'emprisonne. L'oiseau lyre, alors, viendra la délivrer.
C'est une belle fable mais surtout un bel hommage rendu à l'imagination. Magnifique.

Frontière

Je m'approchai un peu.
C'était un vieil homme aux cheveux hirsutes, à la barbe grisonnante, qui débitait du bois. La sueur coulait en petites gouttes sur ses bras, imprégnait son maillot de corps. Son geste était mécanique. Il posait la bûche, abattait la hache. Tchac. Tchac. Tchac.
"Hé monsieur, dites...
Je tendis le bras, sans conviction, pour qu'il me regarde, mais il ne répondit pas.
Au-delà des barbelés, une plaine aride, jaune, s'étendait jusqu'aux premiers bourrelets de la montagne.
Tchac. Tchac.
-Ohé, hé monsieur, s'il vous plaît...
Cette fois-ci, il pencha imperceptiblement la tête et une lueur étincela très brièvement dans l'oeil qu'il tourna vers moi.
Je patientai, guettai un mouvement, un grognement. Je fis quelques pas le long des barbelés. Il n'y avait aucun passage visible, pas de portail ni de système d'enclenchement, rien qui permît de passer de l'autre côté, rien d'autre que cette clôture qui s'étendait à perte de vue, le cabanon et le vieux.
-Monsieur, s'il vous plaît...
Cette fois-ci, impatient, je m'approchai davantage puis m'arrêtai face à lui. Il leva la tête un instant puis tchac. Tchac. Tchac.
-Y'a rien ici.       Trouverez rien ici. Faut aller par là.
Il désigna l'ouest d'un coup de menton.
-Où? A quelle distance, hein?
Il prit une longue bûche et se remit à débiter. Je m'éloignai, scrutai l'ouest qui fuyait au loin, puis revins vers le vieux.
-Et vous, qu'est-ce que vous faites ici? Y'a rien ici!
Il ne répondit pas. Je me frottai la joue, désemparé, épuisé par ces journées de marche, la gorge serré.
-Dans la baraque, dans l'coin; vous trouverez la jarre d'eau. L'est plus très fraîche mais faut pas trop en d'mander.
J'éprouvai soudain une soif intense, un besoin intenable de sentir l'eau couler sur ma langue, glisser dans mon estomac. j'entrai dans la baraque sombre, attendis que mes yeux s'habituent à l'obscurité, et pris la jarre dont je bus l'eau à même le goulot. Je versai l'eau sur mon front, mes joues et peut-être même que je pleurais tandis que l'eau dégoulinait de mes cheveux et mouillait mes joues.

Le vieux m'observait. Puis, il vint s'asseoir près de moi et attendit que je me calme.
-C'est quoi que tu cherches? Là-bas, de l'autre côté, c'est exactement pareil."

© Myrthe K

Atelier d'écriture Les Mots à la Pelle: Frontières


vendredi 13 mars 2015

Antigone, de Jean Anouilh


 J'aime cette jeune femme qui semble fragile et qui est inébranlable, si sérieuse mais qui n'a jamais rêvé que de courir, découvrir, danser, cette fille fière et humble qui se sacrifie pour que l'âme de son frère trouve le repos.
L'adaptation que Jean Anouilh a faite de la pièce de Sophocle, afin de mieux la centrer sur l'actualité de la Résistance, en ressort fraîche, terriblement émouvante, de par son apparente simplicité et le fait qu'elle soit si abordable.
Une très belle redécouverte.
Marie Spartali Stillman

Et voilà. Maintenant, le ressort est bandé. Cela n'a plus qu'à se dérouler tout seul. Cest cela qui est commode dans la tragédie. On donne le petit coup de pouce pour que cela démarre, rien, un regard pendant une seconde à une fille qui passe et lève les bras dans la rue, une envie d'honneur un beau matin, au réveil, comme de quelque chose qui se mange, une question de trop que l'on se pose un soir… Cest tout. Après, on n'a plus qu'à laisser faire. On est tranquille. Cela roule tout seul. C'est minutieux, bien huilé depuis toujours. La mort, la trahison, le désespoir sont là, tout prêts, et les éclats, et les orages, et les silences, tous les silences: le silence quand le bras du bourreau se lève à la fin, le silence au commencement quand les deux amants sont nus l'un en face de l'autre pour la première fois, sans oser bouger tout de suite, dans la chambre sombre, le silence quand les cris de la foule éclatent autour du vainqueur et on dirait un film dont le son s'est enrayé, toutes ces bouches ouvertes dont il ne sort rien, toute cette clameur qui n'est qu'une image, et le vainqueur, déjà vaincu, seul au milieu de son silence…   le Choeur, dans Antigone.


La Cloche sonne

La cloche sonne:
30 enfants s'engouffrent dans la cour.
11 enfants jouent au ballon
8 petites filles se courent après
5 garçons  regardent les filles
et rient.
3 enfants se reposent
2 tout-petits sont tombés
et que fait la dernière?
La dernière a une longue tresse
et s'assoit contre le mur.
La dernière s'appelle Camille.

La dernière s'appelle Camille
et a une longue tresse.
Elle s'assoit contre le mur.
Sa tresse pourrait être un pinceau
et tracer des lignes sur son cahier
son cahier dont les pages tourneraient
et dans ses pages, de petits enfants s'envoleraient
de petits êtres au coeur gonflé
au regard triste aux yeux muets
aux pupilles profondes, couleur de geai
Mais les geais ça vole, et ils tourbillonneraient
dans ces pupilles, des yeux s'envoleraient
illumineraient les regards et d'un coup d'aile
les coeurs chatouilleraient.
Le geai a disparu. Les enfants se posent
délicatement dans les pages du cahier.
Camille le range
et s'engouffre dans la classe:
La cloche a sonné.



proposition d'écriture de Tisser les Mots

jeudi 12 mars 2015

Seconde Vie

Seconde vie





La silhouette émaciée de la construction se soulevait dans un ciel d'un bleu que la nuit comblait à peine. Dans le creux de ses côtes immobiles, Lucie distinguait les murs du terrain vague, ceux qui avaient été mis à jour lorsque l'ancien immeuble s'était écroulé. Elle avait tout vu. La façade depuis longtemps obstruée de parpaings qui s'était  peu à peu effondrée dans un nuage ôcre. Les murs nus, vulnérables, auxquels s'accrochaient encore lavabos et robinets de douche, les tapisseries déchirées qui disaient les décennies passées entre leurs flancs, les jambages des fenêtres encore intacts, et enfin, vainqueurs solitaires, les murs des petites maisons mitoyennes qu'on allait rhabiller de neuf, de moderne, de lisse. 
Entretemps, le paysage avait changé. Les jardins sortaient de leur intimité, le quartier prenait de la profondeur. 
Le jour, dès l'aube, assise au pied de la banque et un gobelet posé devant elle, sans jamais s'en éloigner de quelques mètres pour que ses fidèles la retrouvent et fassent un petit geste, elle plongeait ses yeux dans les entrailles encore ouvertes de ce monstre blanc. Il devenait immense, large, imposant. Au bout de quelques semaines, comme on scruterait au travers d'un judas, elle avait pu deviner où le couple s'assiérait le soir, où les enfants dormiraient, où ils pisseraient jour après jour sans se rendre compte qu'elles les avait vu ainsi bien avant, assis maladroitement sur les toilettes blanches.
Très vite elle y avait fait son nid. Un duvet qu'elle sortait de son sac-poubelle, sa doudoune comme oreiller, et la lampe de poche. Les biscuits, les chips ou la pizza qu'elle avait pu s'offrir, la canette achetée comme tous les soirs au Carrefour Market d'en face. 
Le soir, quand la rue se faisait silencieuse, elle pénétrait en douce par la fenêtre de la cuisine de l'étudiant en droit, puis par les échafaudages, montait s'installer dans le salon des vieux, la cuisine des collocs ou bien la chambre des immigrés. De là-haut, buvant sa bière à petites gorgées, avant d'entamer son livre, elle levait la tête, observait l'antenne qui telle une aiguille touchait le ciel, puis suivait des yeux la crête des plus hauts immeubles, scrutait l'intérieur des fenêtres et balcons éclairés; elle frissonnait parfois, se demandait comment elle vivrait si... 
Puis elle finissait par s'endormir, émue par le souffle tiède du vent qui circulait d'une pièce à l'autre.
Le matin, avant même le passage des éboueurs, elle se levait, ôtait la poussière plâtreuse de ses affaires et rangeait tout soigneusement. Elle savait bien sûr que ça ne durerait pas. Elle savait que dans quelques mois, sa vie serait faite d'autre chose, comme elle n'avait pas su auparavant qu'elle goûterait un jour à ces instants uniques. 

(proposition de Tisser les Mots)

©Myrthe K

lundi 9 mars 2015

Le Musée de l'Art pour les Enfants



A tous les amateurs d'art qui souhaitent y intéresser leurs enfants ou ceux de leur classe: ne ratez pas cet album! Tout est fait pour qu'on puisse observer, comprendre, interpréter, analyser un tableau simplement.
Le choix est vaste. 30 artistes, mais une large palette: Bruegel l'Ancien, Jackson Pollock, Christo et Jeanne-Claude, Grant Wood, Monet, Rousseau, Turner, Hokusai, Giacometti...
Tout naturellement, mon fils de sept ans s'est intéressé aux quatre saisons d'Arcimboldo, a essayé de les deviner en regardant les fruits, les a trouvé amusants, puis a été impressionné par la minutie et la quantité de détails de la Bataille d'Albrecht Altdorfer, que j'ai découvert avec lui.
Les textes sont bien écrits, adaptés à la compréhension des plus grands ou utiles pour les adultes qui veulent s'y coller eux-mêmes.
Un livre parfait pour dialoguer et faire dialoguer, réfléchir, toucher les enfants.

Les Trois Brigands, de Tomi Ungerer

J'ai un seul regret, ne pas avoir découvert ce livre quand j'étais enfant. Mais je peux imaginer la délicieuse frayeur qui doit parcourir la peau, faire légèrement dresser les poils du dos et des bras à la vue de ces silhouettes d'un beau noir mat apposé au bleu de la nuit. 
Qui ne frissonnerait pas à ces quatre lignes d'ouverture:
"Il était une fois 
trois vilains brigands
avec de grands manteaux noirs
et de hauts chapeaux noirs"
et encore une fois, lorsque devant une belle lune toute ronde apparaît l'un d'eux tenant une hache, au pied d'un arbre tout frêle et de son hibou.
Comment pourrait-on soupçonner que ces trois brigands dont on ne devine que les yeux, commettant des actes horribles, faisant s'évanouir les femmes de frayeur, filer les chiens ventre à terre, démolissant les roues des voitures, dérobant le butin des pauvres voyageurs de nuit, comment pourrait-on, donc , soupçonner ces affreux bandits de pouvoir éprouver de l'affection pour une pauvre petite orpheline? Et pourtant... pourtant, les voilà soudain rendus gagas, affectueux, généreux, on les imagine même cacher un sourire attendri derrière leur cape toute noire. Ouf! soupire-t'on! C'est bon d'avoir peur, mais qu'est-ce que c'est encore meilleur d'être rassuré, de devenir leur copain!
Je connais sans aucun doute l'histoire par coeur, l'ayant raconté, lu, relu, sans qu'on ne se lasse jamais, mes enfants et moi. 
On a même vu le film. Une fois. Finalement, le livre suffit à lui-même et est mille fois plus mystérieux. 
Notre préféré de Tomi Ungerer.







dimanche 8 mars 2015

Kahlo, d'Andrea Kettenmann

Je ne sais pas vous, mais moi, la vie de Frida Kahlo me fascine. Née au moment de la révolution mexicaine, atteinte de polio dont elle gardera des séquelles - elle boîtera- puis victime d'un accident de tram à son adolescence, la laissant avec des douleurs dont elle souffrira toute sa vie et l'impossibilité de mener ses grossesses à terme, elle qui rêve d'enfanter, Frida Kahlo reporte ses souffrances dans la peinture.
Frida Kahlo a su représenter sa propre réalité par un symbolisme fort, douloureux, envoûtant et mystérieux, une mythologie personnelle qu'elle se serait créée. Sur ce point-là, ses peintures me rappellent celles de Dorothea Tanning, peintre américaine de la même génération.

Bien agencé, ce livre relate sa vie et son oeuvre, créant des liens entre les peintures, évoquant les moments-clé de son existence.
Je trouve dommage que le livre ne soit pas de plus grand format pour pouvoir mieux profiter des représentations      mais j'ai aimé les correspondances faites par l'auteur.
 Il ne me reste plus qu'à voir le film!

Le Cerf blessé

Dorothea Tanning

samedi 7 mars 2015

Nuala O'Faolain


Nuala O'Faolain est une auteure irlandaise, née en 1940 et décédée en 2009 d'un cancer foudroyant.

Dans J'y suis Presque, elle décrit son père, journaliste connu, comme un homme charismatique et mondain, abandonnant régulièrement sa femme aux soins de leurs neuf enfants. Toujours dans son roman autobiographique, Nuala évoque l'alcoolisme solitaire de cette mère et son désintérêt pour ses enfants, préférant se réfugier dans la lecture pour échapper à son rôle. 
Nuala fait partie de cette génération qui a lutté pour le droit des femmes et a voulu, dans ses romans, véhiculer l'image de femmes indépendantes et libres dans leur vie amoureuse. Elle-même, pourtant née dans une Irlande encore très traditionnelle et catholique, ne s'est jamais mariée et n'a pas eu d'enfants.
Après avoir longtemps travaillé comme chroniqueuse pour le journal Irish Times, on lui propose de compiler ses articles dans un livre pour lequel elle écrit une longue préface. Le livre deviendra On s'est déjà vu quelque part?  et remportera un vif succès en Irlande, Grande-Bretagne, aux Etats-Unis - où elle vit régulièrement - et en Australie. 
Trois ans plus tard, en 2005, elle publie une suite, J'y suis presque, où elle revient sur sa mère à laquelle elle décidera de ne pas pardonner son indifférence, mais évoque aussi largement les doutes et difficultés d'être une femme vieillissante et célibataire. 
En 2006, elle reprend ses thèmes de prédilection - les femmes, le choix de na pas être mère, l'Irlande et plus précisément la place des femmes dans ce pays majoritairement rural, l'alcoolisme, l'immigration, le voyage - dans un roman biographique - et non plus autobiographique - à travers l'Histoire de Chicago May. Nuala a découvert Chicago May par l'entremise d'un proche qui lui a raconté l'histoire de cette femme irlandaise célèbre dans les deux pays pour son existence dissolue parcourue de crimes. Nuala mène l'enquête, en Irlande et aux Etats-Unis, découvre quelques-uns de ses faits et gestes, ainsi que l'autobiographie que Chicago May a rédigé sur le tard. A partir de ces supports, Nuala tente de retracer sa vie tout en la mettant en parallèle de la sienne.

                                                      

Enfin, en 2009 est publié à titre posthume le roman de fiction Best Love Rosie, dans lequel Rosie, la cinquantaine, célibataire, irlandaise, rentre définitivement en Irlande auprès de sa tante Min, après des années de voyages. Là, elle prend le temps de se poser et de s'interroger sur l'impact du vieillissement sur elle, tout en menant l'enquête sur ses origines.
L'écriture de Nuala O'Faolain, fluide, légère, tour-à-tour drôle et mélancolique, se veut à la fois intime et sociale. Ses personnages comme elle-même se font très vite attachants au cours de la lecture, et il est difficile de se faire à l'idée que Rosie, par exemple, n'est qu'un personnage de papier. 

Voyage vers les Pyrénées, de Victor Hugo


Voyage vers les Pyrénées avait été édité à titre posthume, à la fin du dix-neuvième siècle et se présente sous forme de journal-reportage. Moi qui n'ai jamais lu que les Contemplations et seulement quelques extraits des Misérables, je n'aurais pas pu avoir meilleur guide pour redécouvrir ma région!


En 1843, Victor Hugo entreprend un voyage en diligence vers les Pyrénées basques, en compagnie de sa maîtresse Juliette Drouet, tenue secrète dans le journal qu'il tient.
Celui-ci commence par la découverte de Bordeaux, son pont, sa cathédrale romane dont il décrit minutieusement l'architecture, avant de parcourir les Landes. La description qu'il fera de ce paysage encore sauvage et campagnard sera aussi émouvante pour moi que celle exaltée des Pyrénées lorsqu'il sera à Cauterets. Entre Bordeaux et Mont-de-Marsan, il rencontre des réfugiés espagnols - déjà - puis des bergers et de jeunes filles qui battent le linge. Durant son voyage, Victor Hugo à va la rencontre des gens.
écomusée de Marquèze - Landes

Au XIXième siècle, parcourir ainsi cette région est encore une aventure; les chemins sont étroits, cabossés, les hébergements souvent vétustes, la nourriture parfois infestée de mouches, et en Espagne, où règne la pauvreté, tout est prétexte à payer une taxe.
Arrivé à Cauterets, la nature exaltée et romantique d'Hugo révèle toute sa force et poésie. Avec lui, on entend le grondement lugubre de l'eau noire du Gave s'écouler aux pieds de sombres pics, on sent l'humidité qu'un rayon de soleil vient timidement chauffer.
Saint-Jean de Luz - Côte basque
La lecture de ce journal est un vrai plaisir, et découvrir cette région telle qu'elle était à cette époque également. En annexe, on peut lire les poèmes qu'il a composé lors de ce voyage et qui seront publiés plus tard. Enfin, la présentation de Francis Claudon nous donne une idée de ce que signifiait voyager dans les siècles passés.
Le journal de Victor Hugo se termine ainsi, alors qu'il est à Oléron:

               Ce soir-là, tout était pour moi funèbre et mélancolique. Il me semblait que cette île était un grand cercueil couché dans la mer et que cette lune en était le flambeau.

Le lendemain, dans un café à Rochefort, Victor Hugo apprend par un journal que sa fille adorée, Léopoldine, et son mari, se sont noyés quelques jours plus tôt. Le voyage est terminé et un autre pan de sa vie et de sa création commence. 



Pays Basque français




jeudi 5 mars 2015

petit hommage à la Pleine Lune!


C'est la pleine lune en ce moment, j'aime la lune! Elle m'inspire, elle est mystérieuse, j'ai souvent la sensation diffuse qu'elle me regarde et me protège... 
voici un méli-mélo d'hommages à la lune, textes, film et illustrations que j'ai aimé.


Lune d'équinoxe -

tournant autour de l'étang

la nuit entière
- Bashô


Tristesses de la lune
Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse;

Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins,

Qui d'une main distraite et légère caresse
Avant de s'endormir le contour de ses seins,

Sur le dos satiné des molles avalanches,

Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,

Et promène ses yeux sur les visions blanches
Qui montent dans l'azur comme des floraisons.

Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,

Elle laisse filer une larme furtive,

Un poète pieux, ennemi du sommeil,
Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,

Aux reflets irisés comme un fragment d'opale,

Et la met dans son coeur loin des yeux du soleil.
— Charles Baudelaire


La Voce della Luna, Federico Fellini



Croissant de Lune, de Winfried Wolf
Croissant de Lune est un petit indien trouvé, que sa tribu d'adoption abandonne à la venue de l'hiver avec un poney à la patte cassée. Ils partent ensemble dans les grandes plaines en direction de la forêt, à la recherche de ses parents. Ils y rencontrent une vieille indienne qui refuse d'abord de les accueillir, jusqu'à ce qu'il lui montre qu'il peut lui être utile, et ils vont passer l'hiver ensemble.Les illustrations sont magnifiques, les paysages tracés à coups de pinceau, les visages beaux et touchants. 


mercredi 4 mars 2015

Le Voyage de Pippo, de Satoe Tone

 Dessins pastels, paysages oniriques, avec cet album le lecteur voyage au pays des rêves calmes et voluptueux.
Pippo la grenouille a oublié tous les rêves... c'est alors la petite brebis - parmi celles qu'on compte pour s'endormir -  qui l'emporte au pays des songes. Les mois et les saisons défilent, la nature change de couleurs, plantes et animaux rêvent... et Pippo et la petite brebis écoutent ces rêves attentivement.
Ce livre est doux et paisible comme le sommeil qui s'empare langoureusement des enfants après le bain. Un bonheur.

Satoe Tone l'a écrit et illustré suite au premier Prix International de l'Illustration de la Foire du Livre de Jeunesse de Bologne qui permet à de jeunes illustrateurs et auteurs jeunesse de se faire connaître et éditer.
Sur son adresse Facebook, vous pourrez découvrir ses illustrations: https://www.facebook.com/satoe.tone

mardi 3 mars 2015

A l'ombre des coquillages, de José Roosevelt


J'ai tout de suite été attirée par l'épaisseur et la couverture de cette bande dessinée, à ma médiathèque: une couverture sobre, sur fond noir, avec un dessin au crayon en noir et blanc, fin, délicat et très mystérieux. Le titre a participé à ma curiosité.


Le livre est accompagnée d'une longue et belle préface - mais la maison d'édition a été créée par l'auteur, ça aide - les illustrations sont magnifiques, oniriques, et claires comme dans la couverture, ce qui incite tout de suite à la lecture -pour moi en tout cas-.



Trois récits de jeunesse s'entremêlent, s'enchaînent.

Celle de Juanalberto, un canard original, rêveur, curieux et solitaire aux magnifiques yeux clairs très expressifs, celle de Vi, petite fille solitaire elle aussi, vivant avec sa mère et dont les seuls amis sont les livres, et enfin celle de Ian, jeune garçon ambitieux, fier et innocent, doté de deux cornes et d'une grande beauté. Chaque récit est différencié par des traits différents. Je ne suis absolument pas une spécialiste en dessin, loin de là, mais je dirais, maladroitement, que les traits sont plus appuyés, plus contrastés pour Ian, plus limpides pour Juanalberto.



Le lien commun aux trois, c'est les coquillages géants qui, un jour, sont apparus dans le ciel et depuis passent chaque jour à la même heure en cortège silencieux.

Juanalberto en fait sa maison, Ian son métier - dresseur de coquillages - et Vi y perd la seule petite amie qu'elle n'ait jamais eue.



Tous trois vivent dans un monde parallèle oppressant, dictatorial dans lequel ils cherchent leur voie et contre lequel ils luttent, chacun à sa façon.



Dans ce livre, il y a beaucoup de bavardages autour de l'art surtout, mais aussi de la religion et de différentes conceptions philosophiques. Beaucoup de ces conceptions sont originales, mais, je les ai trouvées, parfois, maladroites, tout comme l'écriture dont la syntaxe laisse parfois à désirer, mais l'auteur n'est pas francophone à l'origine.



C'est un livre déroutant mais beau, à tenter.

lundi 2 mars 2015

Ecrire



Je veux écrire pour pénétrer les pénombres qui me cernent.
Je veux écrire pour peser.
Je veux écrire pour goûter, palper, disséquer, dévorer et recracher, fragments chargés d'émotions délicates à déplier. Je veux écrire pour cet oeil immobile à la paupière battante.
Je veux écrire l'invisible balancement du vent, les hésitations de la pensée, les certitudes du corps.
je veux écrire le lent mouvement de l'écume sur la vague qui se déroule et chaque fragment de l'instant dans son inconsistance.

Je veux écrire pour toucher ce coeur du monde que l'écrivain-voyageur poursuit.

© Myrthe K
Proposition "Ecrire" de l'atelier Les Mots à la Pelle